Résultats de l'enquête

Les premiers résultats de l'enquête "pigeons hivernants"

Bruno Labidoire

Toutes les données ne sont pas encore saisies ni analysées mais les grandes tendances sont assez claires. Un article détaillé présentant la synthèse et la cartographie des observations est prévu dans un prochain Epops. Toutes les personnes ayant des observations complémentaires sont invitées à les transmettre à la SEPOL par courrier ou par internet.

Merci à tous les observateurs et aux associations limitrophes qui ont participé à l'enquête (Charente-Nature et LPO Vienne), particulièrement aux personnes qui se sont investies dans les comptages (dont deux simultanés) : Dominique Albessard, Pascal Boulesteix, Raphaël Bussière, Régis Coutant, Pascal Cavallin, Gaston Chassagnard, Olivier Eyrault, Philippe Hubert, Karim Guerbaa, Bruno Labidoire, David Labidoire, Guy Labidoire, la LPO Vienne, Madame Moine, Stéphane Morelon, David Naudon, Pascal Nauron, Brigitte Petit, Jean-Michel Piollet, Isabelle Pradier, Laurent Précigout(Charente-Nature), Patrick Précigout, Jérôme Roger, Jean-Michel Teulière, Frédéric Thomas, Sylvain Vincent (j'ai dû en oublier...).

L'installation des pigeons hivernants:

Les premiers groupes en stationnement dans la région ont été repérés fin novembre mais ils disparaissent assez vite, continuant leur migration vers le sud-ouest. Quelques gros dortoirs sont signalés la première semaine de décembre: 1000 dans la forêt de Rochechouart le 07/12/03 et 3000 le même jour dans le secteur de Saint Bazile. Le 09/12/03 des déplacements importants vers le nord sont notés sur un front assez large de Séreilhac à Babaudus (à l'ouest de Rochechouart), 12 600 pigeons ramiers au total pour 115 vols entre 8h15 et 9h45. Ses oiseaux ont quittés des dortoirs situés entre Dournazac et Saint Mathieu et n'y sont pas retournés ou peu d'entre eux dans la soirée (moins de 2000). Ces oiseaux sont sans doute partis rechercher des zones d'alimentation plus favorables?

Les hivernants se concentrent dans la Basse-Marche et la Marche:

Aux mois de décembre, janvier et février des comptages réguliers ont été réalisés depuis la butte de Frochet (commune de Bussière-Boffy). Le secteur surveillé est très vaste, il s'étend de la commune de Montrollet en Charente jusqu'à Abzac au NW (Charente) puis Asnières sur Blour dans la Vienne (au NNW), Saint Martial sur Isop, Mézières sur Issoire, Bussière-Boffy, Bellac, Blond à l'est, Nouic, Montrol-Sénard et une partie de la commune de Javerdat au sud.

Le maximum d'individus est noté dans la deuxième décade de décembre: de 20 000 à 30 000 individus sont notés en fin d'après-midi depuis la butte de Frochet alors qu'ils rejoignent leurs dortoirs.

Les comptages réalisés le 22/12, le 10/01/04 et le 07/02/04 ont montré que la population est bien supérieure aux effectifs vus depuis Frochet. Deux dortoirs de 15 000 à 20 000 oiseaux sont repérés (commune de Blond et de Saint Georges les Landes). Des prospections en voiture ont permis par exemple de recenser entre 35 000 et 45 000 pigeons dans un carré de 10 km de côté entre Mézières sur Issoire et Bellac le 22/12/03. Les dortoirs supérieurs au millier sont nombreux (Bussière Poitevine, Lathus Saint Remy, Saint Christophe en Charente, vallée de l'Isop, vallée de la Gartempe...), ils sont souvent dans des réserves de chasse.

Les secteurs où se concentrent les oiseaux correspondent aux bocages avec de vieilles haies de chênes et des prairies rases pâturées par des ovins. La densité de population y est aussi très faible. Les oiseaux se nourrissent sous les chênes et "pâturent" parfois en rangs serrés au milieu des prairies. Les dortoirs sont dans des bois, pas forcément très grands et dans des haies.

Nous pouvons tenter une première estimation (provisoire) de l'effectif hivernant pour le nord de la Haute-vienne et le Nord Est de la Charente, sûrement entre 60 000 et 80 000 pigeons ramiers. A noter qu'aucun pigeon colombin n'a été vu. La zone d'hivernage déborde largement dans le nord de la Creuse, l'Indre et la Vienne mais les prospections y sont insuffisantes.

Des groupes de pigeons sont signalés dans le reste de la région, y compris sur la plateau de Millevaches mais ils sont très petits.

Les premiers départs des pigeons :

Le gros de la population hivernante est parti les premiers jours de février. De nombreux observateurs en Haute-vienne signalent d'ailleurs des vols migratoires vers le nord-est début février. Seulement 3700 pigeons sont observés depuis la butte de Frochet le 05/02/04. Plus que 15 000 pigeons (environ) sont contactés dans le nord de la Haute-Vienne (aucune observation dans le nord-est de la Charente) lors du comptage simultané du 07/02/04.

Une nouvelle vague en février et mars:

En février et pendant le mois de mars la migration se poursuit et de nombreux vols choisissent de stationner quelques jours (ou semaines?) dans la région. Le nord de la Haute-Vienne n'est plus le seul secteur avec de fortes concentrations. Les pigeons s'installent alors un peu partout (au moins en Haute-Vienne et en Creuse) avec des concentrations importantes: 6000 dans un dortoir sur la commune de saint Auvent (87), 7000 sur la commune de Saint Jean Ligoure (87), 3500 sur la commune de Tercillat (23), plus de 1000 à Saint Bonnet Briance (87) etc...

Les derniers hivernants :

Jusqu'à fin mars des groupes fréquentent des dortoirs. A priori, les derniers dortoirs importants sont signalés à Tercillat (23): 1000 à 1500 le 20/03/04 et dans la vallée du ruisseau de Trinsolas ( 87, commune de Saint Auvent, ) le 27/03/04 avec 1500 oiseaux environ. Ils ne sont plus observés après cette date.

Conclusions:

  • Cette année semble avoir été exceptionnelle pour l'hivernage des pigeons dans notre région (la Centrale n'avait jamais enregistrée de telles concentrations, est-ce par manque de prospection?).
  • Le bocage Marchois est très attractif (la glandée était très bonne cette année).
  • Un effort particulier devrait être fait dans les prochaines années pour suivre le phénomène, une collaboration avec un maximum de partenaires est à encourager (chasseurs, ONCFS).
  • Cette première expérience de recensement mérite d'être améliorée en mettant au point un protocole plus strict.
  • Il faut étendre les prospections aux départements voisins en essayant de mobiliser les associations naturalistes limitrophes.