Prises de positions
01/2007

Mesures de protection des espèces rares et/ou menacées, en forêt

PREAMBULE.

« Madame Thérèse Nore, une des membres fondateurs de la SEPOL, éminente ornithologue étudiant les rapaces de longue date, est à l’origine du texte qui suit. Le CA de la SEPOL, réunit le 10 janvier 2007, adhère pleinement à ces recommandations et les adopte comme positionnement officiel de la SEPOL vis-à-vis de la gestion forestière. »

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Région privilégiée, le Limousin possède encore de nombreux boisements variés et de qualité. Leur couvert offre refuge à beaucoup d'oiseaux forestiers: Gobemouches, Grimpereaux, Pics, Pouillots, Roitelets, mais aussi Engoulevents, Busards, dans les clairières, etc...
Si certains aspects paysagers peuvent être favorables à des espèces menacées, on ne peut raisonnablement recommander des mesures de protection à l'échelle des individus pour des oiseaux tels que le Pouillot siffleur, par exemple, pourtant en déclin dramatique à l'échelle européenne.
Par contre, en ce qui concerne les espèces à grands cantons, très étroitement inféodées à des parcelles forestières où elles établissent leur nid, il est possible de prendre des mesures de protection extrèmement efficaces, bien que portant sur des superficies réduites en regard de nos peuplements forestiers.
L'O.N.F. s'est résolument engagé dans la recherche du compromis idéal entre les exigences de l'exploitation forestière, et de la protection des milieux et des espèces.
Dans les lignes qui suivent, nous formulons des recommandations dont les gestionnaires forestiers se rapprocheront le plus possible, et qui sont de quatre ordres:

  1. Mesures générales de gestion favorisant la diversité et l'abondance de la cohorte des oiseaux forestiers (optimisation des capacités d'accueil).
  2. Mesures de protection à respecter lorsqu'un nid d'une espèce rare a été trouvé.
  3. Information préventive, en vue d'éviter la destruction d'espèces protégées, dont la présence est encore inconnue à ce jour.
  4. Préservation de certains sites, favorables à l'installation d'espèces rares.

Les deux premiers paragraphes reprennent très largement le contenu du fascicule RAPACES FORESTIERS ET GESTION FORESTIERE publié par le Parc national des Cévennes, en collaboration avec l'O.N.F., et la région Languedoc Roussillon.

I. MESURES GENERALES DE GESTION FORESTIERE.

STRUCTURE FORESTIERE:

  1. Créer et maintenir des clairières, des peuplements clairs comportant de grands arbres traités en futaies, en pratiquant des éclaircies fortes et régulières.
  2. Plutôt que des coupes rases, favoriser le renouvellement progressif du peuplement forestier, afin d'éviter les changements brutaux dans la structure paysagère.
  3. Favoriser les grandes longueurs de lisière.
  4. Maintenir ou créer des grains de vieillissement là où c'est possible, pour favoriser la présence de très gros bois. Les parcelles très pentues notamment, (d'exploitation onéreuse et peu rentable), se prêtent tout spécialement à ce traitement.
  5. Favoriser la régénération naturelle.
  6. Favoriser le traitement en futaies mélangées feuillus-résineux.
  7. Maintenir les milieux ouverts et les zones humides.
  8. Conserver des espèces d'accompagnement telles que Sorbier, Sureau, ainsi que le Lierre, permettant la nidification et l'alimentation des petites espèces d'oiseaux.
  9. Maintenir des arbres à cavités à raison d'au moins 1 à 20 pour 5 hectares.

TRAVAUX:
(Surtout coupes, débroussaillage, mais aussi ouverture ou entretien de sentiers ou pistes, martelages, vidanges de bois, tirs de mines...)
Les effectuer dans toute la mesure du possible à la morte saison (août à février), afin d'éviter des destructions de nids involontaires.
Limiter les traitements chimiques au strict nécessaire.

AMENAGEMENTS:
Prévoir une réflexion avant toute implantation d'infrastructure (de loisir, panorama, piste, ou autre).
 
II. PROTECTION DE NIDS CONNUS D'ESPECES RARES.

(Mesures concernant surtout les rapaces, et les pics):

RESPECTER UN PERIMETRE de 100 à 300 mètres (suivant la taille de l'oiseau) autour de l'aire, que l'on adaptera à la topographie des lieux. Dans ce périmètre : différer les travaux hors de la période allant des parades nuptiales à l'envol des jeunes, pendant laquelle le dérangement peut causer l'abandon du site ou l'échec de la nichée. Limiter l'accès durant cette même période. Après la nidification, préserver un ILOT NON EXPLOITE autour de l'arbre porteur de l'aire.
Pour les détails concernant chaque espèce, les spécialistes de la
SEPOL pourront fournir plus de précisions.

III. PREVENTION DE POSSIBLES DESTRUCTIONS PAR MECONNAISSANCE.
 
Les connaissances ornithologiques reposant sur une activité bénévole, forcément limitée et tributaire des aléas météorologiques, nous sommes loin d'avoir découvert tous les sites de nidification, même ceux des espèces très sensibles. Aigle botté, Circaëte Jean le blanc et Chouette de Tengmalm peuvent être considérés comme trois fleurons de l'avifaune rare et menacée en Limousin (tout comme sur le plan national).
Ces espèces sont régulièrement observées en de nombreux endroits sans que leur nidification soit prouvée (Monts d'Ambazac, Plateau des Millevaches, Gorges fluviales, Bassin de Brive...).Par conséquent, nous souhaiterions être informés des coupes prévues sur ces zones. Si le boisement concerné semble propice aux rapaces (exposition abritée des vents d'ouest, présence de vieux pins ou de vieux hêtres), nous pourrions, au printemps, porter nos efforts d'observation sur ces lieux, afin de découvrir des couples qui,éventuellement, auraient pu nous échapper auparavant.

IV. PRESERVATION DE SITES DE NIDIFICATION POTENTIELS, CARACTERISTIQUES DE CERTAINES ESPECES.

Dans les pentes exposées face au sud ou à l'est, comportant des essences propices, la conservation des vieux pins (sylvestres, maritimes ou noirs), dans le tiers supérieur du versant, permet de créer des sites potentiels pour des couples de Circaètes adultes en recherche de territoire. Cela peut se faire en augmentant l'âge d'exploitation des pins, ou en gardant quelques îlots d'arbres adultes. Préserver les quelques peuplements âgés de hêtres, situés aux environs de 900 m d'altitude qui, seuls, peuvent abriter la Chouette de Tengmalm.
Epargner les parcelles, au demeurant improductives, comportant des rochers et éboulis, qui peuvent être occupés par le Grand duc ou le Faucon pèlerin.

Thérèse NORE.
Membre du Comité scientifique interrégional Auvergne Limousin,
Société pour l'étude et la protection des oiseaux du Limousin.



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